dimanche 14 juillet 2019

Le Chœur des femmes

Depuis le temps qu'on me le recommande, il était plus que temps que je lise enfin Le Chœur des femmes de Martin Winckler, publié pour la première fois en 2009 aux éditions P.O.L. Et je n'ai pas été déçue, ce livre est à la hauteur des ses critiques élogieuses.

Jean Atwood, interne des hôpitaux et quatre fois major de sa promo, vise un poste de chef de clinique en chirurgie gynécologique. Mais au lieu de lui attribuer le poste convoité, on l'envoie passer son dernier semestre d'internat dans un service consacré à la médecine des femmes.
Le docteur Atwood veut faire de la chirurgie, et non passer sont temps à écouter des femmes parler d'elles-mêmes à longueur de journée. Ni travailler pour un chef de service dont la réputation a tout pour lui déplaire.

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J'ai volontairement raccourci le résumé car je trouve qu'il en dévoilait trop.
On arrive directement avec Jean Atwood dans l'unité 77, service quelque peu particulier dirigé par le Dr Franz Karma. Ces deux médecins ont un avis bien différent sur la façon de traiter les patientes et forcément, ça va coincer. Qui a raison, qui a tort? Quels compromis trouver? Et si on commençait par demander leur avis aux principales intéressées, les femmes?
Ce roman est à la fois atroce et génial. Parce que ce qu'il raconte est vrai. Et que la vérité n'est pas toujours belle à voir.
Jean Atwood est absolument exécrable. Imbuvable, insupportable, le stéréotype du médecin qui se pense supérieur à ses patient.e.s parce qu'il a la connaissance. Tout le monde en a rencontré un comme ça dans sa vie. Sans forcément le remarquer, parce qu'on est habituellement de l'autre côté du bureau, on n'entend pas ce qui se passe en coulisses. Mais pourquoi ce comportement?
Franz Karma a mauvaise réputation. Pourquoi autant de femmes viennent le consulter et se confier à lui? Il y a forcément une raison, bonne ou mauvaise.
Et puis il y a toutes ces femmes, ces patientes, dont les récits se croisent et résonnent en nous, font écho à notre propre histoire, ou non. On ne peut rester insensible à leurs souffrances, petites ou grandes, surtout dans le contexte actuel de libération de la parole autour des violences obstétricales et gynécologiques, de menace des droits fondamentaux comme celui de l'accès à l'IVG.
J'ai eu la chance de rencontrer Martin Winckler lors d'un colloque sur les femmes et les violences médicales et de discuter un peu avec lui de son roman. C'est un formidable auteur et un formidable orateur. Ce livre est un véritable coup de poing et un véritable coup de cœur. Je l'ai dévoré en quelques jours, lisant jusqu'à 4h du matin. Le récit nous happe et nous horrifie en même temps, et nous donne matière à réfléchir. Il nous passionne tellement qu'on lui pardonne sa fin un peu rocambolesque.
A lire d'urgence si ce n'est pas déjà fait. Et si c'est fait, partagez, faites tourner (merci copine).

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