J'ai rencontré Marie-Hélène Lahaye lors d'un colloque intitulé "Femmes et violences médicales". J'ai beaucoup apprécié ses interventions et après avoir discuté un peu avec elle, j'ai acheté son livre "Accouchement Les femmes méritent mieux", paru en 2018 aux Editions Michalon. Le moins qu'on puisse dire, c'est que ce livre fût une claque.
Depuis les années 1960, l'hôpital est devenu le lieu de l'accouchement. Disparues les terreurs d'antan et les souffrances d'un autre âge : la péridurale y est aujourd'hui reine pour supprimer les douleurs. Pourtant, dès que l'on questionne les femmes sur leur expérience, nombreuses sont celles qui font part de vexations, d'intimidations, de coercitions, voire de brutalités et de violences. Ce qui devait être un heureux événement se transforme en cauchemar sous la pression des médecins qui suivent les protocoles hospitaliers. "On m'a volé mon accouchement." Le refus d'entendre les femmes et la domination que les soignants exercent sur elles sont à l'origine de traumatismes physiques et psychiques considérables. Un grand nombre des dépressions post-partum ou des syndromes de stress post-traumatique trouvent probablement là leur cause. Restée longtemps cachée, cette violence commence à apparaître au grand jour, alors que la parole des femmes se libère enfin. L'obstétrique est profondément misogyne. Elle considère les femmes comme faibles, malades, dangereuses, dont le corps serait inadapté pour mettre les enfants au monde. L'accouchement est ainsi resté l'un des derniers bastions de la domination masculine. Rendre les femmes maîtresses de leur accouchement exige, ni plus ni moins, une révolution. En analysant les pratiques autour de l'accouchement à travers la littérature scientifique, les recommandations des instances de santé et les travaux d'historiens et d'anthropologues, Marie-Hélène Lahaye signe un document majeur, livre-clé dans la réorientation des politiques à mener autour des droits des femmes.
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Les violences gynécologiques et obstétricales sont un sujet qui me tient à cœur car j'en ai moi-même été victime. Mais sans pouvoir trop en parler, ou en tout cas, sans trouver à qui en parler, avec toujours plus ou moins la même réponse "Mais ton bébé va bien, c'est le principal."
Je pensais en connaître un rayon sur le sujet mais j'étais loin du compte. Marie-Hélène Lahaye, juriste belge et autrice du blog "Marie accouche là", remonte à l'origine de la gynécologie obstétrique pour expliquer les pratiques actuelles et surtout leur persistance en dépit des publications scientifiques et des recommandations de l'OMS. Et c'est là la force de ce livre: un incroyable travail de bibliographie scientifique. Ce livre n'est pas un recueil de témoignages (le net en est plein si ça vous intéresse) mais une véritable analyse scientifique de la situation.
Pourquoi la gynécologie obstétrique a-t-elle tant de mal à évoluer en s'appuyant sur les dernières recherches (ce qu'on appelle l'evidence based medecine) contrairement aux autres spécialités médicales? Pourquoi des pratiques délétères sont-elles encore largement utilisées en France et en Belgique alors qu'elles ont été considérablement réduites voire abandonnées dans les pays nordiques et anglo-saxons? Comment expliquer cette différence? Pourquoi la parole des femmes est-elle systématiquement niée? Leur ressenti pas écouté? Pourquoi agite-t-on toujours le spectre de la peur (la douleur, la mort de la mère ou de l'enfant) pour les soumettre à des pratiques injustifiées et souvent douloureuses? Pourquoi le consentement libre et éclairé de la patiente pour chaque acte médical (une obligation légale) passe à la trappe la plupart du temps? Les gynécologues et les sages-femmes ne sont bien sûr pas volontairement maltraitant.e.s la plupart du temps. Evidemment que personne ne se lève le matin pour aller travailler en se disant "tiens, et si je faisais de la merde aujourd'hui?"
Marie-Hélène Lahaye répond à toutes ces questions, preuves scientifiques à l'appui, et propose des solutions à mettre en place, à commencer par arrêter de considérer les femmes comme incapables de prendre une décision raisonnable. Son livre m'a permis (et sûrement à beaucoup d'autres) de mettre des mots sur cette souffrance et de voir les choses d'un point de vue plus global et féministe.
Les choses doivent changer, les pratiques doivent évoluer, les praticien.ne.s doivent se remettre en question, la gestion des hôpitaux doit être revue. Programme ambitieux mais nécessaire.
Un livre indispensable à tou.te.s celles et ceux que le sujet intéresse. Je vous recommande également l'excellent documentaire d'Ovidie "Tu enfanteras dans la douleur" disponible sur Arte.tv.

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