C'est le premier livre de Delphine de Vigan que je lis. Je n'avais jamais entendu parler de son précédent roman, un best-seller, et "Rien ne s'oppose à la nuit" m'évoque surtout Alain Bashung. J'avais regardé d'un œil distrait l'interview de l'auteur dans le magazine de la santé mais sans vraiment faire attention à ce qu'elle disait. Aussi est-ce sans a priori mais avec beaucoup de curiosité que j'ai commencé ce roman (paru en 2015 chez JC Lattès), offert par mon beau-père, chose curieuse car je n'ai pas souvenir d'avoir parlé de lecture avec lui et je n'ai aucune idée du genre de livres qu'il apprécie.
"Ce livre est le récit de ma rencontre avec L. L. est le cauchemar de tout écrivain. Ou plutôt le genre de personne qu'un écrivain ne devrait jamais croiser."
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C'est donc l'histoire de Delphine, écrivain, la quarantaine, qui termine la promo de son dernier livre qui a eu un succès aussi retentissant qu'inattendu pour elle. Elle est physiquement et moralement épuisée, d'autant plus que son livre est très intime, autobiographique. Elle décide donc de faire une pause, notamment pour profiter de ses enfants qui partiront étudier loin à la rentrée prochaine, avant de se lancer dans l'écriture d'un nouveau roman, qui sera une fiction cette fois.
Elle fait alors la rencontre de L. L. est un peu tout ce que Delphine n'est pas. Elle est toujours impeccable, bien coiffée, bien maquillée, bien habillée. Toujours à l'aise en société, toujours de bonne humeur, toujours à l'écoute, elle a un don pour capter tout de suite ce qui ne va pas chez les autres. Elles ont aussi beaucoup de choses en commun, notamment l'écriture. L. est nègre, elle écrit la vie des autres en restant dans l'ombre. Elles deviennent très vite proches. L. lui pose alors des questions sur son prochain livre: que va-t-elle écrire après ça? Delphine lui parle de son projet mais elle doute. L. lui certifie qu'elle doit continuer dans la veine de son dernier livre, dans le vrai, qu'elle ne peut pas revenir à la fiction.
Delphine est déstabilisée, elle n'arrive pas à se remettre à écrire. Et les lettres anonymes odieuses, lui reprochant d'avoir fait beaucoup de mal autour d'elle avec son dernier livre, ajoutent à son désarroi. Pourtant elle n'en parle à personne, sauf à L., et se contente de donner le change. Heureusement, L. est là pour la rassurer et faire tout ce qui est en son pouvoir pour qu'elle soit dans de bonnes conditions pour écrire. Ecrire ce fameux livre encore plus intime. Mais L., lui veut-elle vraiment du bien?
Cette histoire est constamment entre deux eaux. La narratrice ressemble furieusement à l'auteur, pourtant c'est un roman. A-t-elle, elle aussi, rencontré quelqu'un comme L. après le succès fulgurant de son précédent livre? Ou bien a-t-elle tout inventé? Quelle est la part de réel? Quelle est la part de fiction? Et c'est là tout l'art de ce roman, laisser le lecteur essayer de démêler le vrai du faux, tout en assistant, impuissant à l'emprise grandissante de L. sur Delphine. On les voit, les petites manœuvres, toute en finesse, de L. On a envie de hurler à Delphine ce qui est en train de se passer. Mais Delphine est comme tout le monde, c'est quand on a les choses sous le nez qu'on les remarque le moins. Comment va-t-elle pouvoir sortir de cette situation? Va-t-elle seulement y arriver?
Finalement, est-ce bien important de savoir si c'est vrai ou non, du moment que l'histoire est bonne?
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